Vernissage de l’exposition "Les Limbes" à l’Institut Français à Istanbul, du 14/12/2016 au 25/01/2017

Le Consul général a participé mercredi 14 décembre au vernissage de l’exposition Les Limbes, présentant le travail du photoreporter Emin Özmen, après quatre ans de recherche photographique sur les familles réfugiées du Moyen-Orient.
Emin Özmen, vainqueur en 2014 du prix Bayeux-Calvados des correspondants de guerre, nous fera l’honneur de sa présence, ainsi que Cloé Kerhoas, commissaire de l’exposition.

Pour en savoir plus sur l’exposition...

Discours du Consul général :

"Mesdames, Messieurs, chers amis,

Nous avons l’honneur d’accueillir ce soir une exposition d’Emin Özmen, photojournaliste indépendant qui alterne reportages sur les terrains de conflits à l’étranger et suivi de l’actualité socio-politique turque. C’est d’ailleurs son film Witnessing Gezi, sur les événements du parc Gezi de 2013, qui lui a valu le World Press Photo. Si vous êtes lecteurs de la presse internationale, vous êtes sans doute déjà familiers de ses photos, nombreuses d’entre elles ayant fait la Une du Time Magazine, du New York Times, du Spiegel, du Guardian ou encore du Monde.
A l’heure où la barbarie, que nous pensions déjà à son comble, continue à battre de bien tristes records, où les scènes d’horreurs en provenance d’Alep s’accumulent, où une nouvelle crise humanitaire majeure s’annonce, il nous semblait essentiel de donner la parole à celui qui est devenu l’un des témoins indispensables du conflit syrien et de la crise migratoire qui l’accompagne.

La longueur de la guerre civile en Syrie et la violence extrême des combats continue de faire payer un prix incroyablement lourd à la population civile. Les déplacés sont en masse, les réfugiés pléthoriques, avec les conséquences que l’on a vues non seulement au Liban et en Turquie mais aussi en Europe, où la question des réfugiés a profondément divisé, menaçant jusqu’aux fondements mêmes de l’Union européenne.

Aussi sommes-nous particulièrement fiers d’accueillir cette bouleversante exposition, qui retrace 5 années de travail sur l’exode contemporain de ces millions de réfugiés, et qui nous rappelle avec force que les victimes des bombes sur les photos et les immigrés ralliant l’Europe dans de fragiles bateaux sont les mêmes personnes.

L’exposition présentée ce soir ne se lit pas nécessairement de manière chronologique, même s’il est vrai que début 2016, alors que la crise des réfugiés est à son apogée, Emin Özmen a suivi avec eux ce parcours semé d’embûches, depuis la Syrie jusqu’à Calais. Il a emprunté avec eux les bateaux clandestins, suivi les mêmes filières de passeurs, franchi avec eux les mêmes frontières, atterri dans
les mêmes camps insalubres.

Ce que les photos en noir et blanc d’Emin dépeignent c’est une vie en suspension, qui semble se dérouler dans les limbes, une vie à l’issue incertaine, une vie où la mort et l’espoir se côtoient en permanence, une vie où la résurrection est en instance, tant ceux qui sortent vivants de cette errance sont dans un état de fragilité extrême. Je veux aussi relever la puissance d’expression des regards photographiés, des regards qui à eux seuls révèlent une vie et expriment le désespoir de ces âmes privés de liberté et d’humanité.
Je tiens enfin à saluer le courage de grandes consciences, comme celle d’Emin Özmen, qui n’hésitent pas à risquer leur vie ou leur liberté pour informer, pour témoigner, pour documenter et ouvrir les yeux à un large public.
À notre modeste mesure, nous espérons que ce travail exceptionnel permettra à chacun de mieux comprendre la détermination qu’il faut pour échapper à la folie meurtrière qui règne aujourd’hui en Syrie, mais aussi le courage, l’abnégation et la force morale de ceux qui couvrent ce conflit et ses conséquences."

publié le 16/12/2016

haut de la page