Discours de l’ambassadeur à l’occasion de la remise des insignes de Chevalier dans l’Ordre National de la Légion d’Honneur à Monsieur Ethem TOLGA, Recteur de l’Université Galatasaray, vendredi 11 mars 2011

Discours de l’ambassadeur à l’occasion de la remise des insignes de Chevalier dans l’Ordre National de la Légion d’Honneur à Monsieur Ethem TOLGA, Recteur de l’Université Galatasaray, vendredi 11 mars 2011

Monsieur le Recteur, Cher Ethem Tolga,
Mesdames et Messieurs les Présidents et Vice-Présidents d’Université,
Monsieur le Consul général,
Mesdames les Directrices,
Chers Amis,

C’est un immense plaisir pour moi de vous retrouver une dernière fois, cher Ethem Tolga, dans vos magnifiques locaux de l’Université Galatasaray, au bord du Bosphore, en compagnie de vos amis, de vos collègues et de la grande famille du Consortium d’appui à l’Université.

Je tenais en effet, avant de quitter votre pays, à vous remettre personnellement les insignes de Chevalier dans l’Ordre National de la Légion d’Honneur, à vous dont la République a choisi d’honorer le parcours personnel et professionnel exemplaire.

La Légion d’Honneur a été créée par décret du 19 mai 1802 de Napoléon Bonaparte, alors Premier Consul, pour récompenser les mérites exceptionnels de celui qui la reçoit. Il s’agit de la plus haute distinction française, qui récompense des femmes et des hommes, en France et dans le monde, pour leur courage ou leur action en faveur des idéaux de la Nation et des valeurs que nous pensons universelles, dans le respect de la diversité des cultures.

Avec vous, c’est à un grand universitaire, auteur de trois ouvrages et de plus d’une cinquantaine d’articles dans des revues scientifiques internationales, à un francophone de cœur et de raison, à un promoteur infatigable de l’amitié entre la France et la Turquie et bien sûr au Recteur de l’Université Galatasaray, au développement de laquelle vous avez tant contribué, que nous rendons hommage.

Permettez-moi de retracer votre parcours personnel et professionnel.

Vous êtes né en 1950 à Aksaray, antique cité de Cappadoce située au pied du volcan Hasan, qui a donné son nom à l’un des quartiers les plus connus d’Istanbul.

Istanbul, où vous suivez vos études au Lycée Galatasaray, le plus ancien et le plus prestigieux de Turquie, fondé en 1481 par le Sultan Beyazit Ier et qui reçut son statut actuel de lycée bilingue en 1868, sous le Sultan Abdulaziz, avec le soutien des autorités ottomanes et françaises, sur le modèle des grands lycées parisiens. Un établissement de pointe, qui n’a cessé de former une partie importante de l’élite de la Turquie et qui constitue un point d’ancrage sur le long terme, irremplaçable dans notre relation bilatérale, tout comme le sont aussi les huit autres lycées publics ou privés francophones de Turquie.

Vous appartenez donc à cette cohorte illustre de scientifiques, de politiques, d’administrateurs, de diplomates, d’artistes et d’écrivains de la Turquie moderne qui ont été formés et continuent d’être formés dans le creuset que représente cette prestigieuse école, sur la base d’une double formation turque et française, républicaine et laïque.

Diplômé du Lycée Galatasaray en 1969, vous poursuivez vos études en génie industriel à l’Université Technique d’Istanbul, l’une des meilleures du pays, et vous y obtenez votre licence en 1975 puis un doctorat en 1979. Vous y travaillez en tant qu’assistant de recherche au département de génie industriel avant d’y devenir professeur en 1990. Votre engagement professionnel et vos débuts brillants vous conduisent rapidement à exercer, entre 1985 et 1986, la fonction d’adjoint du Doyen de la Faculté de gestion de cette université.

Avant même sa création en 1992, vous soutenez le projet de l’Université francophone Galatasaray, en participant activement à sa fondation dans le prolongement du lycée. Vous y assumez dès l’origine les fonctions de Doyen de la Faculté d’ingénierie et de technologie puis de Recteur adjoint à partir d’avril 1993.

De juillet 2000 à février 2001, vous retrouvez ce que j’oserais appeler l’alma mater, en dirigeant le Lycée Galatasaray. Vous siègerez par la suite au puissant Conseil de l’Enseignement supérieur de Turquie (YÖK), instance suprême de l’enseignement dans ce pays, avant d’être nommé par le Président Abdullah Gül, Recteur de l’Université Galatasaray en janvier 2008.

A la tête de ce navire amiral de la coopération entre la Turquie et la France, qui forme 3.000 étudiants turcs triés sur le volet et parmi les plus brillants du pays, vous occupez en outre l’une des deux chaires de l’UNESCO en Turquie, la chaire en fabrication informatisée, établie en 1997 dans cette même Université.

Conscient de ce que l’excellence de l’Université Galatasaray doit à sa dimension francophone, vous souhaitez rationaliser l’emploi des moyens qui y sont alloués par les autorités turques et françaises, notamment dans l’organisation de l’apprentissage linguistique.

Face à la compétition accrue entre les universités turques et la multiplication des établissements anglophones en Turquie, vous militez, avec raison, pour la modernisation de l’Université, et notamment pour la réforme de son système d’enseignement en français afin de le rendre plus efficace, plus attractif et de faire en sorte qu’il soit encore plus opérationnel.

Dans ce contexte de concurrence et à l’issue de cette réflexion prémonitoire, vous mettez en place, avec l’aide du Vice-recteur Hélène Zajdela, dont je salue l’engagement et la réussite à vos côtés, et de toute l’équipe de « Français Langue Etrangère », une réforme visant à renforcer la francophonie à l’Université Galatasaray tout en réduisant la durée d’un cursus qui était à l’évidence devenu trop long.

Mais pour que cette réforme ait un sens, vous souhaitez également, et toujours avec raison, porter votre effort sur l’introduction des enseignements de français tout au long des cursus de licence et la mise en place de mécanismes d’encouragement pour que les enseignants turcs de l’université dispensent leurs cours en langue française. C’est à l’évidence l’un des défis majeurs que se doit de surmonter l’Université.

Je souhaite aussi rappeler la volonté sans faille dont vous avez fait montre, dès votre prise de fonction, pour faire de la recherche et de la formation doctorale des axes prioritaires de développement pour l’Université Galatasaray.

Votre objectif était de faire de votre Université un lieu privilégié de formation des enseignants-chercheurs pour l’ensemble de la Turquie. Grâce à cette politique active et à la mise en place de nouveaux dispositifs d’incitation, les indicateurs de recherche sont en progression permanente à l’Université Galatasaray et de nouveaux masters ont été créés, dont certains conjoints avec des universités françaises. Sous votre direction, la jeune université francophone s’est hissée parmi les six meilleures universités turques, menant des formations et des recherches de haute qualité. L’Université porte plus haut que jamais les couleurs de la « marque Galatasaray », qui continue à faire rêver.

Laissez-moi saluer à cet égard le soutien constant apporté à l’Université par son Comité paritaire, organe bilatéral de concertation sur le fonctionnement de l’Université ; par son Consortium d’appui, composé de grandes universités et écoles françaises qui aident à répondre à ses besoins en enseignants et à lui offrir un soutien pédagogique ; et par son Haut Comité de parrainage franco-turc, qui réunit de hautes personnalités du monde de la politique, de la culture et de l’enseignement supérieur en France. Je voudrais notamment évoquer le rôle tout particulier de M. Alain Juppé, aujourd’hui Ministre d’Etat, Ministre des Affaires étrangères et européennes, ancien Premier Ministre, et qui a accepté de présider, à ma demande, le Haut Comité de parrainage depuis 2009 et qui s’est engagé personnellement afin de lui donner une nouvelle dynamique. Alain Juppé, qui a donné ici-même, en novembre dernier, une conférence remarquée.

Car c’est aussi un point que je voudrais souligner : à l’initiative et avec le plein soutien de cette Ambassade, vous ne cessez de vous mobiliser, avec vos équipes au dévouement desquelles je souhaiterais rendre hommage, pour inviter toujours davantage de hautes personnalités françaises à prononcer des conférences à l’Université Galatasaray. Celle-ci est ainsi quasiment devenue, pour les personnalités françaises de passage en Turquie, une sorte de point de passage obligé. Récemment, l’ancien Président de la République Jacques Chirac, trois anciens Premiers Ministres (outre Alain Juppé : Michel Rocard et Dominique de Villepin), le Président du Sénat Gérard Larcher, les anciens Ministres Jack Lang et Rachida Dati, le Secrétaire d’Etat chargé des Affaires Européennes Pierre Lellouche, devenu depuis Secrétaire d’Etat au Commerce extérieur, mais aussi le Maire de Paris Bertrand Delanoë ou les Présidents des Commissions des Affaires étrangères et des Affaires européennes du Sénat, M.M. Josselin de Rohan et Hubert Haenel sont ainsi intervenus dans cette enceinte à la tradition déjà illustre. Et cette tradition se poursuit aujourd’hui avec le Sénateur, ancien Garde des Sceaux et ancien Président du Conseil Constitutionnel, M. Robert Badinter, dont je salue chaleureusement la présence parmi nous avant la conférence qu’il prononcera cette après midi, après avoir été fait Docteur Honoris Causa de l’Université.

Votre action a toujours été celle d’un défenseur de la relation franco-turque dans les domaines éducatif et universitaire. Elle a contribué à faire évoluer le dispositif Galatasaray, que nous envient les principaux partenaires européens et étrangers de la Turquie, pour l’adapter aux nouvelles évolutions de votre pays.

Pour l’ensemble de ces raisons, pour cette contribution à la réussite de l’Université Galatasaray et plus généralement pour votre engagement au service de la relation franco-turque, le Président de la République en vous faisant, sur ma proposition et sur celle du Ministre des Affaires étrangères et européennes, Chevalier dans l’Ordre de la Légion d’Honneur, a voulu vous exprimer la reconnaissance de la République française.

Ethem Tolga, au nom du Président de la République et en vertu des pouvoirs qui nous sont conférés, nous vous faisons Chevalier dans l’Ordre National de la Légion d’Honneur./.

publié le 25/03/2011

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